Archives par étiquette : stupide

Berlin Berlin – Partie 2

Share Button

Et 30 minutes plus tard, Camille est parée pour l’aventure. On marche un peu dans Moabit. Le quartier me dit quelque chose… mais quoi… ?

Moabit

Moabit

Surtout cette rue là-bas… Putain ! C’est la rue où habitait Julius ! Cette nuit, j’ai dormi à deux rues d’écart de l’endroit où j’avais passé ma toute première nuit Berlinoise !

Je comprends désormais la raison pour laquelle l’agencement de l’appart’ de Jens me rappelait quelque chose : Julius vivait – vit toujours ? – dans un appart’ semblable…

Berlin Berlin – facétieuse Berlin.

Tu caches bien ton jeu, tu me donnes des frissons et tu joues des tours à ma mémoire – car le problème dans tout ça, tu sais, Berlin Berlin, c’est que j’aimerais bien revoir mon ancien corres, j’aimerais bien savoir ce qu’il devient, ou même s’il habite encore ici, mais je suis incapable de me souvenir du numéro de l’immeuble de Julius – et bien sûr, pour ne rien arranger à l’affaire, dans sa rue, et dans ma mémoire après 13 années, tous les immeubles se ressemblent.

Berlin Berlin – actes manqués qui déchirent mes entrailles.

Ces regrets de ne pas avoir pu me mesurer au passé me collent un air maussade, heureusement Camille me fait changer d’horizon. On empreinte le métro, on descend à Kleistpark par hasard et on finit par arriver au cimetière de Sankt Mathäus – vas savoir ce qu’on fout là… – où les frères Grimm sont enterrés.

"T'es allé voir quoi à Berlin? - Les tombes des frères Grimm..."

« T’es allé voir quoi à Berlin?
– Les tombes des frères Grimm… »

Beau patchwork de couleurs – une palette allant du vert foncé des feuilles au gris-noir du macadam humide – et des raies de soleil qui frappent le sol dans les allées quasi-désertes.

Mais tout va vite, très vite – et peu après, nous voilà dans un Lidl où on fait escale pour faire nos provisions.

Camille : « Les Allemands sont capables de dépenser des millions pour des voitures mais niveau bouffe ils achètent de la merde. » – et les saucisses impérissables enturbannées dans du cellophane qui s’étalent entre les melons et les yaourts lui donnent raison.

La journée est déjà bien avancée – il est 14h – et on doit en profiter à fond, parce que demain on lève déjà le camp direction Poznań

On va à l’ancien aéroport de Tempelhof – créé par les nazis et rendu ensuite célèbre par le pont aérien lors du blocus soviétique de 1948-49. Maintenant c’est un grand parc – les gens ont pris possession du terrain mais on sent que la ville est en train de récupérer tout ça, de le réorganiser pour pas perdre la main dessus.

Tempelhof

Tempelhof

Tempelhof

Tempelhof

Berlin Berlin je soupire – j’ai l’impression que tu es encore cool pour quelques années mais ça a déjà atteint son Hauptpunkt (1) et son déclin est déjà amorcé niveau fuck it up et dynamisme. Tes squatts – enfin ceux qui ont pas fermé – ne sont plus que des vieilles reliques et ta contre-culture bouillonnante qu’on trouvait à chaque coin de rue il y a 12 ans est plus qu’un souvenir – pas si lointain, OK, mais un souvenir quand même.

Les boîtes de nuit alternatives – Jens me l’a dit ce matin – la GEMA, cette pute, elle a augmenté les taxes que ces discothèques peuvent plus se permettre de payer – du coup elles ferment une après l’autre et les clubbers se cassent à Tel Aviv.

Kreuzberg

Kreuzberg

À Kreuzberg on se mange un kebab-dürüm fait maison on a de la farine plein les doigts.  Et ensuite c’est reparti – on marche, on marche, on arrête pas de marcher entre usines bizarres et quartier boboïsé. On se fait tirer nos portraits en noir et blanc dans un photomaton de hipsters.

Photoausgabe in 5 Minuten

Photoausgabe in 5 Minuten

Plus tard, quand on aura fini tout notre périple, je me dis que ces portraits de nous, ils seront aussi cultes que celui de Marty Mc Fly et du Doc dans Retour Vers le Futur III.

On passe sur un pont de la Spree – L’Oberbaumbrücke – où des scènes du film Lola rennt ont été tournées.

U-Bahn und Oberbaumbrücke

U-Bahn und Oberbaumbrücke

Lola Rennt!

Lola Rennt!

Et on arpente le Mur du côté de la East-Side Gallery – Mur coloré, peint, tellement vu et revu qu’il est inutile de décrire – mais désormais, les œuvres d’art sont presque toutes taguées et dégueulasses.

On culpabilise un peu que Jens soit pas avec nous. Mais il révise, ou il est au lac et il est désormais trop tard pour qu’on puisse le rejoindre. On prend le tram à Ostbahnhof, direction Alexanderplatz où on pose en panoramique devant l’horloge universelle Urania et autour de la Fernsehturm.

Du haut de la Fernsehturm, j’ai la preuve que tout a changé. Les grues – celles dont le nombre il y a 12 ans symbolisait la vitalité de la ville – sont beaucoup plus clairsemées.

Berlin, Berlin…

Où est ta frénésie ?

Elle est partie

À Tel-Aviv ou ailleurs ?

On marche vers le Rotes Rathaus, puis vers la Gedächtniskirche.

Usé, hein, sale rouge à lèvres de catin qui a perdu ses attraits flamboyants !

On prend le métro jusqu’à Rosa Luxemburg Platz. Prenzlauer Berg est très bourgeois – on se perd dans un cour d’anciennes usines reconverties en bar et boîtes. On boit quelques bières – de la Hefe Weissen et je ne me souviens plus si on prend un Jägermeister – Bah quoi ? Faut bien me consoler, Berlin – cette fois ci, tu m’as pas transcendé ! J’irai la trouver ailleurs, la leçon de vie que j’attendais ! Sur des routes craquelées ou entre les jambes charnues ou félines d’une belle de nuit – peu importe, Berlin, je peux partir ou te tromper – ton charme est rompu.

Fini de diverger, le métro Berlinois nous dépose à Turmstraße – sans rancune et au plaisir ! – de là on rentre chez Jens et ses colocs, et le sommeil me happe – Berlin, à quoi bon rester éveillé des nuits entières si tu proposes rien ?

Quand je me réveille, pareil qu’hier, Jens est en train de se préparer le petit déj. Plus précisément, il découpe en lamelle des kiwis et des bananes et se les verse dans un bol qui remplit avec du fromage blanc et du Müsli.

Son iPod est branché sur les enceintes.

Dans deux heures Camille et moi on lève le camp.

Dans deux heures on se casse, Berlin. Mais écoute, Berlin, écoute : dans les enceintes de la cuisine de chez Jens la chanson qui passe c’est la même qu’hier et c’est celle-là :

Jeunesse disparate.

Je pensais que tu allais me déflorer une deuxième fois, Berlin, comme tu l’avais fait dans ma jeunesse.

Jeunesse disparate, ouais.

Mais pour me déflorer une seconde fois, faudra que je parte faire mon éducation

ailleurs.

________________________________________

(1) paroxysme

Berlin Berlin – Partie 1

Share Button

Berlin, Berlin

J’ai été amoureux de toi,

j’en été amoureux en toi –

Berlin Berlin

plusieurs fois…

Et désormais je suis perdu.

Berlin Berlin tu m’as ouvert les yeux cette fois là, et j’ai compris à 13 ans le corps et l’âme – bouleversés – que je ratais l’essentiel, je me défilais face à la vie qui défilait devant moi, qui s’étalait, et j’étais trop con pour la croquer, cette putain.

Berlin Berlin où tout courait, vrombissait, tournoyait, craquait, s’élevait, se bousculait aux sons méta-jazziques des cadors d’antan.

Berlin Berlin, qu’es-tu devenue ?

Que suis-je devenu ?

Pourquoi ton charme n’agit plus ?

Berlin Berlin…

On déboule Camille et moi à Berlin Berlin dans une nuit sans étoiles de mi-septembre. C’est un déménageur Breton – je te jure ! – Michel, qui nous prend en lift à l’entrée du Ring et pour les 20 derniers kilomètres, dans un camion Hertz qu’il a loué.

Berlin Berlin première escale de notre périple en auto-stop jusqu’en Pologne. Je te raconte pas l’état dans lequel on est : ça fait 36h qu’on a pas dormi – ou si peu – 2h dans un abri-bus entre 3 et 5h du mat’ la veille à Dortmund, puis une heure au bord d’un champ entre Dortmund et Unna entre 9 et 10h.

En tout donc, même pas 1000km, 15 chauffeurs et 36h de route dont 12h à tournoyer à la sortie de Dortmund pour finir par revenir au même spot – et des rencontres et situations bien zarbos – notamment Roman, l’Ukrainien qui transporte des trucs un peu chelous entre l’Italie et son pays, des Turcs qui nous prennent sur quelques kilomètres à 5h du mat’ à la fin de leur soirée et qui trouvent rien de mieux à faire que de nous filer des baklavas pour nous donner du courage, et un gars totalement ravagé qui a pas hésité à faire demi-tour au milieu d’une route nationale – heureusement à ce moment là peu fréquentée – pour nous prendre alors qu’on était coincés à un spot pourri où on pensait qu’aucune voiture ne pourrait s’arrêter. Le mec en question, musique techno à fond de balle, nous dit que Unna, sa ville, « c’est pas dangereux, parce qu’il y a pas beaucoup d’étrangers », envisage de nous déposer sur l’autoroute, puis finit par nous dropper dans un coin louche de la zone industrielle de Unna qui se trouve – par chance – se situer juste derrière une aire d’autoroute.

Dans son camion Hertz, Michel nous raconte qu’il déménage, il retourne en France parce qu’il vivait à Berlin Berlin avec sa copine, mais depuis qu’elle l’a quitté, il a plus rien à foutre ici.

C’est sur ces paroles que, même si je suis submergé par le sommeil, je fronce les sourcils : dans mon souverêve, Berlin, il y avait tellement de trucs à faire, à découvrir, que tu étais obligé d’y rester, même seul et abandonné de tous.

Il est minuit quand Michel nous dépose à Moabit, juste en face de là où habite Jens, le gars qui nous héberge Camille et moi pour les deux nuits qu’on reste sur place, avant de reprendre la route et de s’attaquer à la Pologne.

On lui fait signe, mais le camion Hertz est déjà loin sur la Turmstraße – demain, Michel doit être en forme pour entasser ses dernières affaires dans le camion Hertz et conclure ainsi sa trépidante et délicate vie Berlinoise.

On perd pas le nord et on sonne chez Jens. Il est là, il nous attend : « Montez ! » il nous dit à l’interphone dans un français assez maîtrisé. En arrivant chez lui, on lui offre le reste des baklavas plus très frais, on se fait une vieille soupe en sachet qui traînait au fond de nos sacs et on discute un peu. Après ses exams, Jens part à Tel Aviv : « C’est là que la fête a lieu !

– Quoi ? » je fais, « et Berlin alors ?

– Quatsch… » (1)

Berlin, la place numéro un de la fête, remplacée par une ville israélienne sans prétention ? OK, autre signe que pas mal de choses ont changé depuis 12 ans…

Il est tard, Jens est déjà en pyjama et il semble aussi crevé que nous, alors Camille et moi on se décrasse un peu – on pue quand même l’essence, le macadam et l’air pas très vivifiant des autoroutes – et on va se coucher.

Berlin Berlin

Ma première nuit Berlinoise depuis 12 ans.

Ma première nuit Berlinoise est courte – je me réveille à 4h – le bruit désagréable des bagnoles et du chemin qu’on a parcouru jusque là comme un Ohrwurm (2) dans les oreilles.

Ma nuit Berlinoise est courte et j’observe la ville depuis la fenêtre de la chambre. Berlin Berlin à l’aube d’un nouveau jour.

Je contemple l’appartement – son agencement me rappelle quelque chose. Mais quoi ?

Je pousse un soupir et je me rendors tant bien que mal.

À 9h, j’entends Jens qui se réveille et se dirige vers la cuisine. Je sors des draps et je viens à sa rencontre. Il se fait un petit déj’ et en prépare un pour ses colocs. On discute un peu des choses qu’il y a à faire dans le coin, des trucs à visiter que j’aurais pas déjà vus ou faits il y a 12 ans.

Son iPod branché sur les enceintes passe une musique. Mais j’ai pas le temps de dégainer mon carnet et un stylo pour me souvenir de hein quoi qu’est-ce ? – qu’il a déjà repris son iBidule et s’apprête à partir à la fac pour réviser ses exams. « Peut-être que ce soir, on ira nager dans un lac si ça vous dit ?

– Peut-être, j’en parlerai à Camille et on te tiendra au courant par téléphone.

– Ça marche. Bonne journée. Profitez bien. »

Je me douche, je profite encore de la cafetière Senseo de Jens puis je retourne dans la chambre.

Berlin Berlin– un nouveau jour et Camille qui dort à poings fermés, je sens qu’elle est partie pour nous faire une grasse mat’. J’essaie tant bien que mal de la secouer. Au bout de cinq minutes d’une bataille d’oreillers farouche avec son corps inerte, elle commence enfin a lever les paupières.

« Alleeeeez Camille, Yalla!, on a d’autres chats à fouetter. Et à Berlin, de jour comme de nuit, les chats sont multicolores.

Enfin, je crois…

Enfin, il y a 12 ans, il étaient multicolores… »

À suivre…

__________________________________________________________

1) Ici, pourrait se traduire par « Sornette! » ou « N’importe quoi! »

2) littéralement, « ver d’oreille », quand on a une musique qui reste en tête

Guns of Brighton – Partie 2

Share Button

Évidemment, c’est qu’un rêve – ou une autofiction

Je m’avance vers la mer. M’enfonce sur les galets jusqu’à ce que les vagues soient à quelques mètres de moi. J’hésite à enlever mes chaussures pour tremper mes pieds dans la mer, mais je renonce – trop froid.Il fait trop moche pour que je puisse me baigner ici. Avec quelques degrés de plus, j’aurais osé. Je suis Olaf Orelsonn, rien ne m’arrête, mais les dieux sont contre moi.
Kler et moi on se promène sur la digue.
Ciel gris, mer grise, du gris partout, l’horizon est ténu, la ligne de démarcation gommée, ces bateaux perdus au loin, ils volent sur l’eau ou flottent dans les airs ? Aucune idée, je ressens que le vent qui me fouette le visage.
Sur la digue je prends des dizaine de photos. Une famille se promène, des Anglais téméraires, avec leur paire de chiens. Petits, mignons, enveloppés dans des manteaux créés pour eux, des fashion victims canines, ils s’amusent à se bouffer le cul l’un l’autre – pour se tenir chaud?

Brighton Brighton Brighton Brighton Brighton Brighton Brighton Brighton
<
>
Brighton

Dans le brouillard, là-bas, plus loin, un mastodonte se dessine dans la mer.
Un navire qui aurait heurté un rocher ?
Non, le West Pier – une structure métallique amarrée là, elle tombe en ruines, colonisée par les mouettes et les goélands, les oiseaux de passage, on les entend piailler, on distingue parfois les mouvements de leurs ailes.

Fascinants, ces barres d’acier encastrées les unes sur les autres, fusionnant avec ces morceaux de tôle rouillée, ce chantier au point mort qui a rien à faire là.

Brighton West Pier

Brighton West Pier

Ma Dalton et Lucky Luke entrent au Great Eastern. Ma a son sac à main kitschissime, Luke son balluchon en bandoulière. Avec nos looks respectifs, on peut rentrer dans une banque et la faire sauter, ou dans l’office du Sheriff pour le faire plumer.
Kler commande un whisky-coca. Ils ont toute une flopée, de whiskies, de bourbons et de scotchs, je trouve dommage que Kler dilue du coca dedans, ça gâche le goût subtilement fourmillant, l’arôme complexe du malt distillé.
J’opte pour une bière légère sud-africaine, au fût.
Je bois ma Ale en regardant la pluie crépiter par la fenêtre embuée du pub, tic plic ploc tac tic plic ploc, pendant qu’un groupe de Folk joue. Ça swingue pas mal, le pub est bondé et je suis pas très réceptif à la musique. Je sais juste que le son est plaisant à l’oreille, parfois ça me donne envie de me lever et de danser devant tout le monde, mais je reste assis sur ma chaise, ne me levant que pour aller cloper dans la petite cour derrière le pub, commander une autre bière et me rendre aux toilettes.
Je discute avec des gens – l’alcool aidant, on finit par parler la même langue. Un gars me dit qu’il est « vacuum engineer ». En quoi consiste son boulot, je préfère pas trop poser de questions. « And you? » il me demande.
Je suis dans une ville que je ne connais pas, avec des gens qui ne me connaissent pas. J’ai plus d’identité, je peux être qui je veux, je peux m’appeler Bruno et être marchand de glaces, ou Bernard, enchanté, je fais pousser des salades et des courgettes dans des champs radioactifs, et toi, tu t’appelles comment ?
Le gars vit chez la mère de sa copine. Il les a ramené toutes les deux au pub. Et il se paie des coups devant elles, il finira complètement fait et elles devront le ramasser à la petite cuillère.

Les toilettes du pub valent bien une petite visite. Elles sont joliment décorées. En y entrant, on se retrouve nez-à-nez avec un panneau en zinc des années 1950, indiquant les directions des lignes de métro de Paris. Je pisse entre Ménilmontant et Place de Clichy.

Toilettes du Great Eastern

Pisser entre Ménilmontant et Place de Clichy

Dans la cour, la nuit commence à tomber. J’allume une clope, enveloppé dans un ciel bleu roi, je me sens bien. Je discute encore avec des gens, une dernière pint et on rentre chez Kler.

Plus tard, autre part, le dimanche après-midi, Ma Dalton et Lucky Luke sont dans un parc. Ma visite touche à sa fin et Kler maugrée : « Mais il est pourri, ce parc ! »
Faut dire qu’on cuve de la veille, on est pas au top de notre forme et on déprime un peu.
Ok, ce parc est un peu nul. Et alors ? L’essentiel, ce n’est pas l’endroit où on est, c’est nous. J’essaie tant bien que mal de nous remonter le moral.
Kler dans l’herbe, assise en tailleur, creuse un trou et plonge ses mains dedans, à la recherche de la terre. Puis elle se badigeonne avec, jusque sur ses bras.
Je suis allongé sur une table de pique-nique. J’ai enlevé mes Dr Martens et mes chaussettes, mes pieds respirent enfin. Les orteils en éventail, le ciel devant moi, mes lunettes de soleil sur le nez alors qu’on le cherche encore désespérément, j’essaie de fermer les yeux et de roupiller un peu, mais j’y arrive pas, je regarde les nuages à la recherche d’une forme que je reconnaîtrais.
Kler lève la tête : « Là, je vois quelque chose !
– Quoi ?
– Une sorcière ! »
Peut-être… J’ai du mal à la discerner, cette sorcière. Peut-être parce qu’elle existe pas, mais je ferme les yeux et je finis par la voir.
On discute un peu et les sorcières dans le ciel nous regardent. Je sens la brise se lever, il est temps de rentrer.
Chez elle, pendant que je prépare mes affaires, Kler me montre le site Internet d’un mec qui a construit une maison de hobbit, quasiment écolo, quasiment autosuffisante, pour trois mille livres.
Il faut juste acheter un terrain.
Plein d’images dans la tête, la cabane, la récolte d’eau de pluie, les toilettes sèches, la serre, le jardin potager, les cochons retourneraient la terre, les poules fourniraient des œufs, les chèvres produirait du lait, et Kler, ensuite, en ferait du fromage…
Kler fouille dans ses placards et me tend une pierre : « Tiens, c’est pour toi.
– C’est quoi ?
– Une pierre magique. Shiva Lingam. Ça polarise et absorbe les mauvaises vibes.
Je ne sais pas quoi dire, je ne crois pas au pouvoir des pierres, mais je vais essayer, avec celle-là, je la remercie et je range la pierre dans ma poche. Un ovoïde zébré, bandes beige et noires.
Il est temps pour moi de lever le camp.
Gare de Brighton. Train.
London Victoria Station.
Chemin du retour.
La gare, fourmilière géante, je flâne parmi la foule devant les distributeurs de billets. J’ai acheté un billet aller-retour, moins cher qu’un aller simple, va comprendre pourquoi, il ne me servira pas, je cherche à donner le billet retour Londres-Brighton.
Une fille galère, elle me ressemble, dans son style, dans son attitude, totalement paumée, complètement à sa place.
Je m’approche d’elle et lui tends, sans rien dire mais mes yeux s’expriment à ma place, le billet.
Elle comprend, me dit Thanks, that’s exactly what I was looking for, enfin elle baragouine un truc dans le genre, la tête penchée à quatre vingt-dix degrés, son portable comme une sangsue accrochée à son oreille. Elle saisit le billet, s’éloigne en continuant de parler à son iPhone, elle va rater son train.
Je sors de la gare, déambule dans Victoria Street, trois heures à tuer, je descends la rue, d’un côté les Burger King, Mc Donald’s, KFC et compagnie, de l’autre les pubs – emblématiques, typiques, on dirait qu’ils ont toujours été là.
Big Ben veille sur le petit Ben, sa grande aiguille me guide jusqu’à Westminster Abbey.
Je danse avec les Indignados du dimanche qui poussent la sono au Parliament Square, le champ des plaintes et des illusions perdues.

Londres Parliament Square

Londres Parliament Square

Je prends le Tube, me perds dans les tunnels de la cité underground. Croise un Hobo noir qui chante No Woman No Cry. Sa voix – belle, grave et profonde, sa mélodie – détraquée.
Arrivé à Saint Pancras, un carrot cake, un cappuccino géant dans un Starbucks, je me prépare psychologiquement au vidage de mes poches pleines de pierres précieuses et à la fouille corporelle.
Une fois passée cette attente douloureuse, je monte dans l’Eurostar et regagne ma bonne vieille patrie, mon petit Wazemmes, mon petit bar d’où j’écris ces lignes en buvant un petit rouge et en ayant une pensée pour Ma – Kler – Dalton.
Dans ma poche, le Shiva lingam luit d’une étrange façon.

Guns of Brighton – Partie 1

Share Button

Alors comme ça, Brighton serait la ville la plus cool d’Angleterre ?

 

Titre accrocheur, on est d’accord. Titre mensonger ?

 

Difficile à trancher. Disons que c’est subjectif, et que Brighton a le visage de ce qu’on en/y fait.

 

Brighton, la première fois que j’y suis allé, c’était pour y déposer mes frères qui faisaient là-bas un séjour linguistique. Je devais avoir 6 ou 7 ans, et mes parents tenaient absolument à rencontrer la famille d’accueil dans laquelle mes frangins, en pleine éclosion hormonale adolescente, allaient passer trois semaines pendant les vacances d’été. Je me souviens que j’y ai mangé des fish & chips pour la première fois de ma vie. Je me souviens aussi avoir débloqué quand j’ai vu que le couvercle des chiottes de cette famille d’accueil était en POILS ROSES !

 

C’est là que j’ai compris que les Anglais avaient du goût.

 

La deuxième fois que Brighton a croisé ma route, c’est quand j’ai écrit une nouvelle qui se déroulait dans cette ville. Une histoire dans laquelle le héros errait à Brighton en quête d’un écrivain célèbre, icône du Swinging London, qui s’était retiré là, avant de connaître lui-même son quart d’heure de gloire, et, inexorablement. la longue phase de déchéance qui s’en suivait.

 

Et enfin, la troisième fois que Brighton est apparue dans ma vie – et celle que je raconte cette semaine et la semaine prochaine – c’est quand j’ai décidé d’y aller il y a quelques années. D’abord parce que depuis l’incursion que j’y ai faite pendant mon enfance, je pense que j’ai passé un cap et que je suis désormais assez grand pour y découvrir autre chose que des couvercles de chiottes en poils roses. Ensuite parce que je veux voir ce que ça donne vraiment d’errer dans les rues de cette ville, comme le personnage de ma nouvelle. Et enfin, parce que je vais rendre visite à Kler, Kler qui a largué les amarres dans cette ville – à moins qu’elle y ait fait naufrage ?

 

Morceaux choisis :

 

Eurostar, vendredi soir, mon fidèle sac à dos que je trimbale dans mes vagabondages depuis des années, qui a franchi toutes les frontières sans broncher, affronté l’air du Cinque Terre, du Wavel, du Pont Charles et des fjords d’Oslo – mon fidèle sac à dos m’a lâché, problème de fermeture éclair, il veut plus se refermer.

La fille à côté de moi voit que je galère. Elle me tend un lacet rouge sur lequel est pendue une clochette et je le noue autour des lanières. Je sais pas comment elle fait pour pas éclater de rire : j’ai des morceaux de poulet tandoori issus du sandwich que je viens de manger coincés dans les dents et ils se distinguent très nettement lorsque je lui souris pour la remercier.

Passage à la douane, j’angoisse, enlève ma ceinture usée jusqu’à la corde, et tous les bibelots de mes poches, mes grigris, mes porte-bonheur, je me prépare pour la fouille au corps.

Saint Pancras, j’achète un billet pour Brighton à un guichet, je veux un contact humain, après toutes ces mécaniques, ces essieux du train, ces gardes-frontières qui s’acharnent à la tâche, tous des robots.

« Return ? » la dame de son bureau me demande, derrière la vitre en plexiglas.

« No, just single. »

Fuite en avant, le point de non-retour est atteint. Je respire profondément, décale ma montre d’une heure en arrière, et monte dans le train.

L’Angleterre, parfums d’exotisme. La langue anglaise, déjà – ce ton haut-perché, bien accentué, ce Cockney à couper au couteau – la conduite à gauche, les bus londoniens – typiques, rouges carmin à deux étages – les traits physiques des autochtones, moulés par les vents et gonflés par les errances dans les vastes plaines vallonnées de la blanche Albion – les traits culturels aussi, insularité et ouverture, mélange paradoxal d’un peuple, qui, il y a encore un siècle et demi, régnait sur un Empire où le soleil ne se couchait jamais.

Tchou tchou tchik tchou tchou chick – le train avance, le rythme des rails doit m’emporter, me bercer dans un demi-sommeil car je végète, mais j’ai beau être fatigué, les cafés que je me suis pris toute la journée durant me tiennent éveillé – je déprime un peu.

Un gars aux cheveux ébouriffés – ancien punk anar’, quand il était ado, désormais en costume-cravate, la quarantaine bien tassée bien grasse, rentré dans le rang, s’écroule sur son siège, un flan qui s’écrase. Il ferme les yeux, ses joues gonflées et moites luisent à la lumière, il roupille, relève les paupières, re-roupille.

Three Bridges. Le train s’arrête, le type se réveille brusquement et déploie toute son énergie à sortir du train. Il titube, titube, titube jusqu’à la porte. Sur le quai, les passants l’évitent.

L’autre type, assis devant moi, je vois que sa nuque, et parfois ses yeux quand par la fenêtre il fixe un point dans la nuit. Yeux gris, yeux du ciel de ce week-end, transparents, son âme, toute convertie à la Big City Life, prunelles évaporées et constamment tristes.

Ma Dalton ! Voilà à quoi ressemble Kler, venue me chercher à la sortie du train à la gare de Brighton.

Elle porte une longue robe de gitane, un long gilet qui lui tient chaud, et surtout elle tient dans ses mains deux sacs, pas du tout discrets : un sac à main, -vintage ? non, carrément décalé-, et un sac en plastique, vermillon bien pétant, pour que je puisse y ranger mes affaires.

On se promène dans les rues de Brighton parmi les lycéens et les étudiants, les fêtards du vendredi soir qui commencent à peine à se miner – on rentre dans le premier pub venu, Kler commande un Strongbow, je demande à la serveuse de me servir une bière locale pour que je puisse y goûter. Une Strong ale, un peu dégueu, pas strong du tout.

Verres vides, on quitte le bar, on se perd un peu dans le dédale de rues. Kler est arrivée ici il y a quelques semaines, elle connaît pas encore bien la ville, elle la visite en même temps que moi.

Un autre pub, The Prince of Wales, le panneau au dessus de la porte indique « Adult Creche », une pancarte signale une soirée karaoké ce soir. Je sens qu’on va bien se marrer.

The Prince of Wales

The Prince of Wales – photo trouble désolé…

Ma Dalton et moi on décide de chanter « Losing my Religion » . Une autre chanson que je chantais sous la douche quand j’étais gamin.

À la fin on se fait applaudir par les badauds du pub comme les rockeurs mythiques, à la fin de leur tournée, au Wembley Stadium.

Dernier service. Kler et moi, on prend nos verres et on se pose à une table dehors pour fumer une clope. La nuit est fraîche et calme. Un gars du bar, un autre chanteur, sort aussi. Il chantait très bien les morceaux qu’il avait choisis, une voix posée mais puissante.

Il a l’air bourré, mais il a pas de verre à la main.

« Do you wanna drink with us ? », Kler demande.

«  No », il réplique, « I don’t drink.

– Ah », je m’exclame d’un air malicieux, « Me too ! I’m a Mormon ! »

Puis je rajoute « Cheers » en entrechoquant mon verre à celui de Kler.

Les sourcils froncés, le gars me fixe des yeux : « Theoretically, I’m a Mormon. »

Là j’ai envie de disparaître de ma chaise, de m’évaporer dans la nature, de me cacher au fond des bois.

Le mec précise alors : « Well, I’m rather a Mormon-Buddhist. In fact, I don’t know what I am. »

Je dis rien, je comprends ce qu’il veut dire : « Je suis un Mormon, mais je suis cool », je pense qu’un vrai Bouddhiste dirait plutôt un truc totalement perché, mystérieux, du genre : « I am what I am and I am what I am not. »

Le lendemain, je vagabonde dans Brighton. Sur la plage de galets, couleurs orangées, ciel blanc, ni jovial ni menaçant. Au loin, le Pier, jetée qui brise la mer magnifique, sur laquelle se hissent des boutiques, des cafés, des jeux pour les gosses et des bandits manchots.

Sur la plage, attiré par le ressac, je pose mes vêtements en tas sur les galets, je suis nu devant la Manche, La brise iodée, salée me fouette la peau, les vagues vont et viennent, glissent, se frottent en moussant contre les galets – tschouuuuu tssssss tchouuuuuuu, un signe, un appel à me lancer, peu à peu, elles me couvriront, une étrange fusion entre le corps et la nature.

Odiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiinnnnnnnnnn!!!!!!!

Odiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiinnnnnnnnnn!!!!!!!

Je suis un Viking, je suis Olaf Orelsonn, je crie « Ooooodiiiiiin », dans ce tumulte insolent ma voix roque fait écho dans les vents. Je suis un guerrier, je suis un fou, je suis un sage, et je pique une tête aux abords du Valhalla.

Un peu comme ça en fait:

Dans la forêt – partie 3

Share Button

0h30 – encore et toujours.

 

Le temps s’arrête. Toujours ce faisceau de lumière – ce putain de faisceau de lumière – au loin, qui ratisse les bois. Un peu comme dans le film E.T quand le vaisseau extraterrestre se pose.

On joue à un deux trois soleil avec lui.

Un deux trois ZOUIIIIIIIIIIIIIIIII – et la lumière fut – en plein devant nous – on se fige comme deux roseaux. Deux épouvantails traqués par les forces maléfiques.

Django a éteint sa lampe frontale et il fait : « Baisse toi ! Couche toi ! COUCHE TOI ! »

Son murmure est un cri. Un cri de panique mais surtout de désespoir. Je me baisse comme je peux mais je peux pas grand-chose.

Je crois que j’entends des bruits là-bas. Des voix ? Des gus qui parlent entre eux ? Le garde-forestier et son adjoint ? Comme si on avait été repérés. Et des bruits, des crissements, comme si on écrasait les branches, les feuilles et tout ce que vous pouvez imaginer trouver sur le sol dans la forêt. On s’approche de nous.

Le halo de lumière se fait plus intense.

Aventure épique – mon cul !

Django envoie des SMS à Melowne. Je l’entends pianoter discrètement sur le clavier de son portable old-school et ça m’énerve. C’est ça qui va alerter nos poursuivants.

Je regarde le mien, de portable. Smartphone genre je me la pète avec son appli calculette du tonnerre et surtout, pour le coup, son écran tactile et large, hyper-rétroéclairé. Django : « Éteins ton portable. ÉTEINS TON PORTABLE ! ». Pour lui c’est ça qui va nous faire repérer. Je m’exécute. Tant pis, je pourrais pas dire à Marlène que je l’aime, je pourrais pas lui demander de veiller sur Pat et Séb si jamais il m’arrive un truc. Mais Django a raison – en plus de la lumière qui émane de mon smartphone et qui nous rend méga-voyants – peut-être que là-bas ils ont des outils ultra-pointus pour géolocaliser les signaux qu’il émet.

On se fera pas avoir, foi de B.Howl !

Je fais le malin là, mais je vous jure que je tremble à mort. « T’as des crampes ? » Django me demande. « Non », je réponds. « T’as des crampes ? » Mais pourquoi il répète toujours deux fois ce qu’il dit ? « Non Django… J’ai… j’ai peur… »

Je veux que ça s’arrête. Je veux rentrer, me foutre au pieu, dormir pépère et qu’on me foute la paix jusqu’au restant de mes jours. À la place de ça, on est comme deux cons – je compte pas Melowne dans le tas – désolé mec, mais Melowne à l’heure qu’il est et vu son flegme légendaire, je l’imagine bien se la couler douce en mangeant le reste du gâteau de sa mère autour des dernières braises – et nous on est deux cons paumés immobiles en position de « je fais caca debout » – traqués au beau milieu des bois.

Allez Django, on se rend ! Au pire on se fait taper sur les doigts par les gardes-forestiers et on a une amende. Salée peut-être, mais qui va moins bousiller notre vie que cette peur intense et constante qui nous prend au bide depuis tout à l’heure. À moins qu’on risque la prison ?

Et s’il s’agissait pas de gardes-forestiers ? S’il s’agissait – je sais pas moi… – de tueurs en série façon Dexter dont le rituel est de creuser chaque semaine le lieu de repos final de leur nouvelle victime ?

Si c’était vraiment des Extraterrestres dont le seul but est de coloniser la terre et de réduire l’humanité à néant ?

Aidés dans leur mission démoniaque par des voitures qui se transforment en robots surpuissants ?

Si c’était des gens du futur paumés comme nous au point Delta d’un continuum espace-temps totalement ténu et embrouillé ?

Si c’était Dieu(x) ?

 

Avec ces conneries il est à présent 1h30 du matin.

 

Mon cœur bat la chamade et je ressens ses pulsations dans tout mon être. Un peu plus et je vais me pisser dessus.

Et la lumière fut – mais soudain elle disparaît.

C’est un leurre. Les entités pluriformes non-identifiées attendent patiemment qu’on fasse du bruit, qu’on se mette à découvert – après, ils auront plus qu’à nous cueillir.

Mais ça marchera pas. On est trop rusés pour se faire avoir.

J’entends des gens rigoler derrière !

Tant pis si c’est un leurre. Agenouillé comme un con, ma position est inconfortable. Je fais un peu de bruit, pour la discrétion on repassera, mais j’imite Django en me mettant allongé en chien de fusil – en position quasi-foetale, sur la terre, les feuilles mortes, les fougères et les ronces.

Aventure épique – mon cul !

Désormais on est face-à-face Django et moi – en position de la cuillère, mais inversée. Si les lumières réapparaissent, elles seront derrière moi. Je tremble toujours. Chuchotements couverts par les cris des marcassins : « T’as des crampes ?

– Toujours pas, Django… »

Django pose sa main sur ma joue. Ses doigts massent mes tempes – et ça me calme vachement. Certainement qu’il se sent responsable de la merde dans laquelle on est. Mais faut pas… S’il continue comme ça dix minutes, je crois que je serai capable de m’endormir – d’un coup, comme ça. Sa main sur mon visage… Un peu plus et ce serait super-érotique, je vous jure ! En tout cas, c’est chaud, et s’il nous arrive quelque chose, cette nuit, dans cette forêt, au moins j’aurais vécu ça. Django… ce geste fraternel…

Aventure épique – mon cul !

Soudain Django se redresse. « Qu’est-ce qu’il y a ? » je demande. « Il y a plus rien…

– Quoi ?

– Il y a plus rien, B.Howl. Plus de lumières.

– Sérieux ? »

Je me relève à mon tour et me tourne vers l’endroit d’où semblait provenir le halo tout à l’heure. Django a raison. La seule lumière qui nous éclaire, c’est celle de la Lune.

« C’est fini… » je soupire.

On est tous les deux debout maintenant. On voit quand même quelque chose au fond. Des ombres parsemées, des lumières dansantes. « Peut-être des gens qui ont eu la même idée que nous ? » fait Django.

Mouais… Ou peut-être nous ? Peut-être que c’est nous qu’on voit – dans le passé ? Je partage pas cette pensée avec Django, je suis parti trop loin, encore une fois…

« J’aimerais bien voir ce qu’il se passe là-bas… » fait Django en essayant de distinguer des formes, des bruits… « Non, mec. Ça sert à rien. Viens, faut qu’on cherche Melowne. »

On se remet en marche. Django a paumé sa lampe frontale en se couchant. On voit que dalle. C’est dans quelle direction ? On est paumés… Ça craint… Comment on va faire pour retrouver Melowne ? La nuit, dans la forêt, tout est pareil. On commence à ratisser la zone. Ça fait un sacré bout de temps qu’on est parti, et si ça se trouve, Melowne est parti à notre recherche… Vous avez déjà fait un cache-cache nocturne dans les bois ?

« Melowne ! » crie Django. « MELOOOOOOWNE !!! »

Au bout d’un moment, au loin entre deux arbres une forme s’esquisse. Une forme flegmatique qu’on reconnaît bien.

«  Là-bas ! »

On se précipite sur Melowne. Et devinez quoi ? Il est comme je me l’étais imaginé. Les doigts de pieds en éventails, accroupi sur un tronc d’arbre. Notre fabuleux feu de camp, par contre, est en train de vivre ses derniers instants. « Eh ben ! Vous en avez mis du temps les gars !… » Évidemment, aucun des SMS que Django lui a envoyés lui est parvenu.

Django est rempli de rage : « Ça sert à rien de rester ici les gars. C’est fini pour aujourd’hui. C’est bon, on met les voiles et on se tire de là. »

Aventure épique – mon cul !

Melowne s’en tape. Moi… je comprends la déception de Django, et sa décision. On voulait passer une nuit pénard – trois potes qui se retrouvent – et après ce qu’on vient de vivre, c’est inutile de rester là… – mais je suis plus fatigué maintenant. Trop d’adrénaline. Mes tempes vrombissent encore. On remballe toutes nos affaires, nos déchets, on étouffe notre feu de camp, et on déguerpit en silence, sans laisser de trace.

On traverse toute la forêt – sans se soucier des herbes hautes, des racines qui nous font presque tomber parfois, sans se soucier des ronces qui s’accrochent à nos pantalons, des bruits des sangliers qui se font de plus en plus menaçants. On regarde pas en arrière. Django marmonne. Il a une dent contre les lumières, contre ces gens hypothétiques qui nous ont effrayé, qui nous ont coupé dans notre élan. Ce qui compte, maintenant, c’est retrouver la twingo de Django et rentrer.

Aventure épique – mon cul !

Fuir et oublier toutes ces conneries le plus vite possible.

Enfin, la route. La voiture est là-bas, à 500m sur notre gauche. On y est presque.

Soudain Django s’arrête. « Regardez là, les gars ! » Je vois rien. Rien du tout. Et Melowne c’est pareil je crois. « Ouais ? Qu’est-ce qu’il y a ? »

Django est persuadé d’avoir vu quelque chose – ou quelqu’un. Une fille mince, en robe de mariée. Une fille qui luit. Une fille paumée comme nous, la nuit dans la forêt. Une fille spectrale. Un fantôme.

 

3h du matin.

 

Django, Melowne et moi-même qui montons fissa dans la twingo de Django – paumée comme nous dans la nuit à l’entrée de la forêt. Et Django qui, au lieu de prendre la route pour rentrer, fais demi-tour, tous phares éteints, jusqu’à une zone reculée de la forêt. Et Django qui baisse la vitre et qui gueule : « VOUS ÊTES CONTENTS ?? BANDE DE SALAUDS ! VOUS AVEZ GÂCHÉ MA SOIRÉE ! »

Mais ici seuls les arbres endormis et les animaux de la nuit l’entendent.

Puis Django redémarre en trombe – une seule idée dans nos têtes : fuir tout ce merdier.

Voilà omment on en est arrivé là…

 

 

Aventure épique – mon cul !

Dans la forêt – partie 2

Share Button

21h30 – toujours.

 

On entend Django au loin. « Il a fini par nous retrouver ! » je m’exclame. Melowne voit un sourire se dessiner sur mon visage. Mises au placard, les broutilles de tout à l’heure – Django se déplace parmi les arbres, et bientôt il est de retour parmi nous dans la clairière. « J’en reviens pas ! » il fait en voyant qu’on a déjà monté la tente et préparé le terrain pour le feu de camp. « Si tu crois qu’on allait se tourner les pouce pendant ton absence… » lance Melowne.

la tente

la tente

La nuit s’amorce, mais le ciel est encore clair. Pourtant, on est déjà plongé dans l’obscurité. Tous les arbres autour de nous profitent à notre place des dernières lueurs.

Django, en préparant le feu : « Tu sais B.Howl, si je me suis énervé tout à l’heure, c’est pas contre toi. C’est que j’ai horreur qu’on me dise ce que je dois faire ou non, surtout quand je sais ce que je fais.

– Je sais.

– Je voulais juste éloigner la voiture de la forêt, histoire que personne sache qu’on est là.

– Je sais.

– Parce que le gars de tout à l’heure, c’était pas un péquin, c’était le garde forestier.

– je sais, Dango. Je vois pas qui d’autre sillonnerait des chemins de forêts en 4×4 à l’heure des Enfants de la Télé… »

Melowne soupire. Il en a marre qu’on ressasse notre altercation, et on le comprend. C’est lui qui nous a fait flipper, quand il s’est pointé chez Django tout à l’heure, et qu’il nous a raconté que les feux de camp, c’était interdit et qu’on risquait une belle amende si on se faisait prendre par le garde forestier.

Les feuilles mortes commencent à bien prendre dans le sous-foyer, à la base de la structure pyramidale que Django a mise en place pour bien faire le feu de camp.

Je demande : « Qui t’a appris à dresser des feux de camp ?

– C’est Mac Fly, il y a quelques années, bien avant qu’il prenne la poudre d’escampette en Andalousie. À l’époque, il venait souvent ici. Seul. Il y passait des week-ends entiers.

– Sacré bonhomme !

ça prend

ça prend

 

22h30.

 

Django Melowne et moi. Trois loubards posés tranquillou autour des flammes qui dansent. Sans personne pour nous faire chier à des kilomètres à la ronde. On s’applique à manger nos victuailles. Le pâté est une tuerie, le pain cale bien. Le gâteau de la mère de Melowne on le dévore férocement. Mes bananes ont pas trop la côte, par contre – je suis le seul à en manger, histoire de dire que je mange équilibré. Et on arrose tout ça avec de la bonne bière bien comme il faut.

On se raconte des histoires, on se souvient de notre road-trip en vélo dans la baie du Mont Saint-Michel… c’était il y a près de dix ans, mine de rien. Quelle aventure épique.

Maintenant, à part notre feu de camp et la lampe frontale de Django, on est vraiment plongé dans le noir. Django se lève, fouille dans les affaires : « Est-ce que l’un d’entre vous a vu la lampe-torche traîner dans le coin ?

– Négatif. » fait Melowne. « Je crois qu’on l’a oubliée dans le coffre de la twingo.

– Merde…

Quand on parle pas, le silence est couvert par le bruit du bois mort qui crépite, celui des oiseaux qui poussent différents cris, et celui des animaux alentours. Et on est clairement pensifs dans cette parenthèse – comme si, la nuit venue, la nature reprenait tous ces droits. Je regarde le feu s’agiter paisiblement. Je regarde le feu et je pense aux premiers hommes qui l’ont « découvert ». Prométhée – le feu. Nahash – le bien et le mal. Et même le monolithe noir de 2001 L’Odyssée de l’Espace – l’outil/l’arme. L’évolution de l’espèce humaine aurait une cause extérieure ? Je pars loin, très loin.

feu de camp

feu de camp

On a déjà plus de bois. Django et Melowne décident de partir en expédition pour ramasser des branches mortes plus loin. Je reste dans la clairière, assis contre un tronc d’arbre, obnubilé par la puissance du feu et des esprits de la forêt.

 

23h.

 

Me voici tout seul à présent. J’envoie plein de SMS à Marlène mais pas de réseau ici – je peux pas les envoyer. J’ai un peu les boules, aussi.

Finalement Melowne et Django reviennent, chargés de bois. On discute encore un peu – on reste souvent silencieux, encore empêtrés dans nos rêves. Quelle aventure épique.

Soudain je sens quelque chose brûler sous mon pied. C’est pas sous mon pied que ça brûle, c’est MES GODASSES qui sont en train de brûler. Ma semelle a fondu, j’ai un énorme trou sous le pied. Encore une paire de Dr Martens niquée…

Au loin on entend des marcassins nasiller.

Quelle aventure épique.

Dr Martens cramée

Dr Martens à la  semelle fondue

 

0h30

 

Django veut rester éveillé jusqu’à « au moins deux heures du matin ». Moi je suis claqué, j’ai envie d’aller me coucher, et ce d’autant plus que je sais que je vais passer une sale nuit. La fatigue est accentuée par le fait que je me les gèle et en puis je commence à me faire chier. Et en plus on a fini toutes les bières. Allez, une dernière clope et je me pieute.

Django sent que je vais bientôt jeter l’éponge. « On a bientôt plus de bois. Ça te dit, B.Howl, de m’accompagner pour en ramener? » Non ça me dit pas. Mais bon, comme on se voit peu, comme ça fait longtemps qu’on a pas fait un truc ensemble, une aventure épique, OK, je me sors les doigts du cul et je viens avec toi.

Je me lève avec difficulté et bientôt je suis la lampe frontale de Django à travers la forêt. On s’éloigne de plus en plus de Melowne, j’espère qu’on arrivera sans problème à le retrouver.

Et soudain, de la lumière au loin. Django se fige et me demande de faire de même. C’est quoi ce délire ? C’est la lune qui nous éclaire trop fort ?

Ou c’est le garde-forestier ?

Merde…

Comment on en est arrivé là ?

Dans la forêt – partie 1

Share Button

3h du matin.

Django, Melowne et moi-même qu montons fissa dans la twingo de Django – paumée comme nous dans la nuit à l’entrée de la forêt. Et Django qui, au lieu de prendre la route pour rentrer, fais demi-tour, tous phares éteints, jusqu’à une zone reculée de la forêt. Et Django qui baisse la vitre et qui gueule : « VOUS ÊTES CONTENTS ?? BANDE DE SALAUDS ! VOUS AVEZ GÂCHÉ MA SOIRÉE ! »

Mais ici seuls les arbres endormis et les animaux de la nuit l’entendent.

Puis Django redémarre en trombe – une seule idée dans nos têtes : fuir tout ce merdier.

Comment on en est arrivé là ?

 

Ça fait des semaines que Django a émis l’idée de se faire un week-end nature pour se retrouver – lui, Melowne et moi – trois potes dans les bois, pendant que le loup n’y est pas. Comme au bon vieux temps, quand on partait faire de grandes embardées sauvages – la baie du Mont Saint Michel en vélo, les monts du Nord, les côtes d’Opale et d’ailleurs…

Et comme toujours Django qui planifie tout en amont. Dans sa tête, tout est précis, rangé, encadré. Il sait ce qu’il faut faire et on ne peut pas le dévier. J’aime son organisation méticuleuse – ça me permet de me laisser porter par le flot, tranquillement, sans me soucier de quoi que ce soit.

 

16h.

On se rejoint tous les trois chez Django. Ça fait un bail que j’ai pas vu Melowne. Il ronchonne, grommelle toujours. Comme toujours, il trouve l’idée conne. Mais pourtant, comme toujours, il est là, prêt à nous suivre. Il sait que l’aventure va être épique. On fait vraiment la paire, tous les trois. Je veux dire, on s’équilibre pas mal. Ce qui se passe, le plus souvent, c’est que Django nous sort de notre tanière, Melowne et moi, casse notre petit confort habituel, et nous on le freine un peu quand on juge qu’il va trop loin. C’est dans cette configuration qu’on quitte le pas de porte de chez Django, le cœur vaillant, l’esprit léger.

L’aventure va être épique.

 

18h30.

On traîne dans un estaminet à quelques kilomètres de la forêt. Dans la voiture, tout notre attirail. Un grand sac de lamelles de bois pour le feu. De l’allume-feu. Des pulls en polaire. Une lampe frontale, une torche. Nos sacs de couchage et la tente, évidemment. Du pâté fermier, du pain mastoc qui nous tiendra bien le ventre, des bananes, quelques bières mais pas trop – histoire de s’hydrater sans faire une soirée de soiffards, et – cerise sur le gâteau – un gâteau justement, un fondant au chocolat, préparé avec amour par la mère de Melowne parce qu’aujourd’hui c’est son anniversaire. D’ailleurs dans l’estaminet le tenancier nous offre une tournée pour fêter ça.

le sac de lamelles de bois

le sac de lamelles de bois

Fond sonore : radio nostalgie. Et le racisme ordinaire du tenancier qui nous fait la causette – il parle des gens qui sont pas du coin, des étrangers, et des saoulards qui peuplent abondamment son bar le samedi soir parce que les contrôles des flics, jamais vu dans le coin.

La France profonde, plus version Groland que JT de Pernaut.

Je suis pressé de me fondre dans la nature.

L’aventure va être épique.

 

21h30.

Dans la forêt. Couleurs verdoyantes, teintes ombragées. Aucun bruit de moteur, aucune agitation de la ville. J’ai pas l’habitude et je me sens pas très à l’aise pour l’instant – mais ça viendra, je le sais.

feuillages - pointillisme

feuillages – pointillisme

Je suis seul avec Melowne.

« Tu as vu comment il m’a parlé ? » je dis. « Tu as vu comment il s’est énervé ? T’as entendu ? Il pense sérieusement qu’il peut me briser les os en deux ? »

Melowne dit rien. Il me laisse poursuivre ma diatribe contre Django. Je sais que c’est futile mais je le fais quand même. Une fois que j’aurai tout déversé, je serai calmé. Acte cathartique. Et je voudrais bien savoir ce que Melowne en pense, dans quel camp il se range. Mais Melowne reste silencieux, stoïque. Ce mec, j’adore son flegme.

Ce qu’il s’est passé c’est qu’à l’entrée de la forêt on a croisé un gars en 4×4. Un touriste. Le dernier être humain dans les parages, à part nous. Les bois seront à nous. L’aventure va être épique.

Ensuite, Django a mené sa twingo loin sur le chemin. Puis il nous a déposé là, on a sorti toutes nos affaires et on s’en est allés dans les bois, pendant que le loup n’y est pas.

Au bout d’un moment on s’est posés. « Voilà ! On l’a trouvé, notre clairière ! C’est pas celle que j’avais vue quand j’avais fait mes repérages [quand je vous disais que Django planifiait tout ! Le jour d’avant, il était allé se promener dans la forêt pour repérer les coins où on pourrait camper !], mais ça conviendra tout à fait. Isolée, loin des sentiers… Ici, pas de risque qu’on nous voie, ou qu’on voie la fumée de notre feu de camp. On sera pénard ! »

Dans la forêt

La clairière

Django a marqué une pause, puis en montrant notre barda il a fait : « Gardez tout ça. J’ai un truc à faire. Je reviens dans une demi-heure. »

– Non » j’ai fait. « On est trois, on reste trois. Qu’est-ce que tu comptes faire ?

– On peut pas laisser la voiture sur le bord du chemin sinon ça va éveiller les soupçons. Alors je vais la garer ailleurs.

– C’est vrai que si le garde-forestier fait sa ronde et remarque une voiture en plein milieu du chemin, il va se douter qu’il y a quelqu’un dans les parages. » intervient Melowne.

« Ouais, je suis d’accord avec vous les gars. C’est pas ça le problème. Simplement, on ne se sépare pas. On reste unis, OK ? »

Le ton a commencé à monter entre Django et moi. Avec Melowne en spectateur totalement zen au beau milieu de cette joute verbale.

Django : « Je sais ce que je fais bordel ! »

Moi : « Ouais ouais. Je sais que tu sais ce que tu fais. Mais comment tu vas faire pour nous rejoindre après ? Tu vas te paumer, la forêt est immense… »

Django : « Je vous trouverai, vous inquiétez pas. Je connais la forêt. »

Moi : « Ah ouais ? Comment ? On peut même pas s’appeler, il y a pas de réseau dans le coin. Sérieusement, Django, je te le dis : on reste à trois, on ne se sépare pas sinon on va jamais se retrouver… Tu vas pas commencer à la jouer perso… »

Django : « Tu me chauffes, là, B.Howl ! Me fais pas chier ! Dégage de mes pattes sinon je te brise les os en deux. »

Il était furax, le mec – je voyais dans ses yeux qu’il plaisantait pas. Mais je captais pas pourquoi il s’était énervé. Je voulais l’amener à la raison mais, sans l’aide de Melowne, pas moyen… Du coup j’ai abdiqué, et j’ai laissé filé Django. Avant de me tourner le dos, il nous a rappelé que « Je vous rejoins dans une demi-heure. »

 

« Ça fait 28 minutes qu’il est parti, là… » je fais à Melowne. Je commence à paniquer « La nuit va bientôt tomber. Il faut qu’on monte la tente et qu’on prépare le feu de camp avant, sinon on est mal. En plus on a oublié la torche dans le coffre de la voiture et c’est Django qui a la lampe frontale. Il a intérêt à se dépêcher, sinon il va jamais nous retrouver… »

L’aventure va être épique.

Mais Melowne hausse les épaules : « Tu veux une part de gâteau ? »

Ce mec, j’adore son flegme.

variations en vrac sur le thème de l’autofiction

Share Button

abîmes

mises en abyme

mimes en abysses.

Combien de pourcent est vrai si on peut calculer?

 

Ça traduit quelque chose… mais quoi ?

 

Tes peurs, tes angoisses.

Merci à http://ifaketext.com/

conversation avec Marlène

Stupides et contagieuses.

TOUTE RESSEMBLANCE AVEC DES FAITS OU DES PERSONNES EXISTANT OU AYANT EXISTÉ NE SERAIT QUE PURE COÏNCIDENCE.

En autofictionnant tout ça, tu les évacues.

 

Abysses animés

abymes abimées

 

Combien de pourcent est vrai si on peut calculer?

 

 

La cocaïne (ou chlorhydrate de cocaïne de son nom scientifique) se présente le plus souvent sous la forme d’une poudre blanche et floconneuse, plus rarement sous forme de cristaux. Celle qui alimente le trafic clandestin n’est pas pure. Elle est la plupart du temps coupée — « allongée » — dans le but d’en augmenter le volume, avec des substances diverses telles que le bicarbonate de soude, le sucre, le lactose ou des médicaments ou pesticides plus ou moins dangereux. (…)

La poudreuse

La poudreuse

Ces produits de coupe sont susceptibles d’en accroître les dangers par une potentialisation des effets ou par une interaction entre deux produits15. La poudre vendue sur le marché clandestin comme étant de la cocaïne n’en contiendrait en fait que 3 à 35 %*

 

Addis-Abeba.

 

auto-fixion

 

crucifixion

 

autofriction

 

Combien de pourcent est vrai si on peut calculer?

 

Tu prends un truc chez toi, dans ton comportement, dans ce que tu vis, ce que tu ressens – tu l’étires comme un élastique, tu extrapoles jusqu’à ce que de toi il ne reste quasiment rien.

 

አዲስአበባ

 

« Pure », OK… – mais pure à combien de pourcent ? »

 

Ou bien tu imagines un truc dont tu sais que ça ne t’arrivera jamais. Et tu te demandes comment tu le vivrais, ce que tu ferais si ça t’arrivait, ce que tu ressentirais.

 

Le déclic…

Le déclic je crois c’est quand j’ai lu Lunar Park, de Bret Easton Ellis.

ATTENTION – SPOILERS

C’était il y a longtemps – et c’était en allemand – me demande pas pourquoi… – alors je m’en rappelle plus très bien.

Tout ce que je peux dire, c’est que c’est Bret Easton Ellis qui raconte sa vie.

Un peu comme son journal intime.

Il raconte son histoire, ses bouquins, ses succès littéraires ( American Psycho, ça te parle?), ses déboires avec la drogue, et sa vie à l’époque du récit.

Il vient d’emménager dans des suburbs style Wisteria Lane avec sa compagne, Jayne Dennis, ancienne mannequin, et son fils – obligé par les tribunaux de le reconnaître. Le gamin 10 ans déjà totalement névrosé – sous anxyo’, lithium et tout le toutim.

Mais la maison est hantée et des souverêves cinglants accaparent Bret Easton – le spectre de son père, qui vient de mourir – mais aussi des fulgurances de Patrick Bateman, le yuppie sanguinaire d’American Psycho. L’écrivain doit faire face à ces démons et à sa nouvelle vie de père dont il n’a pas voulu.

Tu ressors de là tu comprends que ce n’est pas vrai. Enfin, pas tout. Mais où s’arrête le réel, où commence la fiction ?

C’est qui cette Jayne Dennis ? Pourquoi ça te dit rien ? En même temps, les anciennes mannequins, on peut pas dire que ce soit ta tasse de thé.

Malin comme tu es, tu fais quelques recherches sur les Internets – un peu comme ce que tu as fait avec Arthur Martin…

Et tu découvres un site web, une biographie, des photos… une vie…

 

Sauf que…

Combien de pourcent est vrai si on peut calculer?

Sauf que… Bret Easton Ellis n’a jamais été père, il n’a jamais croisé cette Jayne Dennis… pour la bonne et simple raison que celle-ci n’existe pas !

Ce qui est vrai par contre – sans doute… – c’est la mort de son père et ses propres personnages qui s’invitent parfois dans sa tête.

 

Autant te dire que ce bouquin m’a mis sur le cul.

 

 

 

 

 

*source : Wikipédia

Du côté des salauds

Share Button

Le vœu se réalise.

C’est bien beau tout ça.

Mais le plus intéressant c’est l’après.

Tu sais, « après », après la lune de miel,

après l’état de grâce

quand le drame se poursuit,

quand tes œillères sont percées,

quand tu t’aperçois que t’en chies toujours autant.

On va faire quoi ? Ramasser à la pelle les cendres de nos amours fumantes ?

Je lui reproche de jamais être là pour moi.

Non, pas jamais. Mais très peu. Trop peu.

Jamais.

Parce qu’on se voit jamais, tout simplement.

Elle me reproche de toujours faire le pitre.

Non, pas toujours. Mais en soirée. En public.

Toujours.

Parce que ça la gène. Parce que, selon elle, aux yeux des gens je finis par être stupide et que c’est contagieux.

Mais putain ouvre les yeux Marlène ! Je suis toujours comme ça !

Quand on est à deux, rien qu’à deux, le peu de fois qu’on est à deux, je les fais, mes pitreries grotesques !

Les blagues sur les porcs tout gais.

La descente des escaliers.

Le ventre qui chante « Don’t worry be happy ».

Et je te vois sourire, je te vois même rire, parfois ! – aux éclats.

Incompatibles…

Non ?

Ce serait le diagnostic de tous les bons médecins, non ?

Alors une nuit, une énième nuit où tu es pas là,

Je glisse de l’autre côté,

presque par hasard, presque naturellement.

Tu sais, « de l’autre côté », du côté des salauds

quand tu te retrouves dans la chambre tamisée d’une de tes nouvelles potes

quelques verres de blanc dans la tête

Tu la regardes des bulles dans les yeux

flous – folle, jeunesse disparate .

Elle te regarde

proie facile et vulnérable.

« je vais pas te faire un dessin ? »

ce soir tu feras l’affaire

Mais je peux pas, je…

Elle agite un sachet

le coup de grâce.

Tu soupires.

MDMA…

Et puis merde

à quoi bon se retenir ?

Qu’est-ce qu’il y a de l’autre côté,

du côté des salauds,

à part ceux qui ont croqué la pomme jusqu’à en avaler les pépins.

Se retrouver sur son ventre

Sentir sa peau douce

Sniffer à même le nez toute la MD dispersée

jusqu’au dernier grain

coincé dans le cratère de son nombril

parfums d’alcôve

aimer ça

jouer encore

à ces jeux d’adultes – plus ou moins

consentants.

Jouer jouir choir

T’aimer comme ça

malgré ça malgré tout

du côté des salauds.

Sur la table

Share Button

Je marche dans un blanc laiteux – en tout cas, je me déplace debout sur mes jambes – d’une façon qui me fait penser à la marche – en tout cas je flotte pas, ça c’est sûr.

Du moins, je crois.

Je me sens bien.

Je marche dans un blanc laiteux – je marche lentement comme si je devais encore apprendre, comme si je commençais juste à m’habituer, à prendre possession de mon être – et à faire connaissance avec mon environnement.

Je marche dans un blanc laiteux – et en même temps mon corps est allongé – tête un peu relevée, inox froid au contact de membres – je me sens bien mais je sens rien.

Anesthésié.

On est venu me chercher tout à l’heure dans ma chambre – on a installé tous ces bidules – ces fils, ces pompes, ces tubes autour de moi. Maintenant je suis sur la table d’opération.

Rien de grave je vous rassure.

Perfusions.

Ventilation assistée.

Tension : OK

ECG : nickel.

Le chirurgien claque ses gants de latex et commence son travail.

Petit coup de scalpel par ci, petit coup de scalpel par là.

Comme un maestro.

Un chef d’orchestre avec sa baguette.

Tchik-tchak

Je marche dans un blanc laiteux – c’est à cause de tout ce cocktail de drogues qu’ils m’ont administré, qui coule désormais dans mes veines, qui s’insinue jusqu’aux tréfonds de mon cerveau.

Sufentanil.

Hop !

Propofol.

Hop !

Et un petit peu de Bromure de vécuronium pour couronner le tout.

Olé.

Conscience suspendue.

Douleur annihilée.

Je sens rien.

Je me sens bien.

Une lumière au loin – diffuse. L’éclairage scialytique ?

Je vais vers elle sans avoir le choix.

Des ombres troubles au premier plan. Le chirurgien qui s’affaire ?

Ou toute une ribambelle d’animaux.

Ici un tigre.

Hop!

Là une girafe.

Hop!

Et là un bonobo.

Olé.

Je me sens bien.

Je sens rien.

Tigre girafe bonobo – Je les imagine un par un allongés comme moi sur le billard.

Et je finis par comprendre que tous ces animaux

pris un par un

c’est moi.

Je quitte le bloc.

Le tigre : mon côté sauvage et indomptable, sans doute…

La girafe, voyons voir – mon côté tête en l’air, doux rêveur ?

Et le bonobo ? Ça ça doit être mon côté stupide…

Salle d’éveil.

Les animaux s’agitent se déforment se distendent s’éloignent.

Je me sens moins bien.

Je commence à sentir de nouveau.

Je marche dans un blanc laiteux qui vire au trop plein de couleurs froides et moroses du retour à la réalité de ma chambre d’hôpital.