Un vendredi soir au Dynamo

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« Allez on y va Ben ! » lance la sweet Candy Sweet.

OK – Quand faut y aller faut y aller ! – je lève mes fesses du lit où je me suis vautré je me prépare fissa et on court dans les couloirs de l’immeuble. On essaie de chopper le bus de nuit mais quand on arrive à l’arrêt on le voit s’échapper. Sans nous. La lose. Alors on s’embarque à deux sur le vélo – sans lumières, sans réflecteurs – dans la nuit finlandaise on trace. Montées descentes on traverse la nationale à toute berzingue. Destination : le Dynamo. Une boîtes de nuit alternative ici – à Turku.

TurkuÅbo, son ancien nom suédois.

On est des Åborigènes et on a peur de rien.

Le Dynamo – un ancien cinéma de quartier – quatre salles – reconverti en discothèque.

Ce soir comme tous les troisièmes vendredis du mois – concert.

Un ancien cinéma et l’entrée coûte aussi cher qu’une place de ciné justement.

Hors de question de mettre mon manteau aux vestiaires – le prix est dissuasif. Mon manteau je vais le poser là sur le canap’ personne pensera à le voler. Une doudoune de mémé en faux poils trouvée dans une boutique de seconde main – achetée moins cher que l’entrée au Dynamo – qui fait parfois office de manteau de pirate sur le retour – et qui tient chaud surtout – parce que moi comme un con j’ai emporté mes vêtements d’été en oubliant qu’en règle générale plus tu t’approches du Pôle Nord et de l’Hiver plus tu te gèles les miches – réchauffement climatique mon cul !

Avec ma doudoune et ma démarche… chaloupée je ressemble à un mac.

Les bières aussi sont hors de prix – heureusement la mémé maquerelle a de grandes poches et dedans quelques canettes en rab pour nous ravitailler quand il se fera soif. Faut juste savoir s’y prendre pour faire ça discretos.

Le concert – y’a pas foule autour de la scène – Whaou ! Ça s’est du rock fort ! Ça bouge ça pulse ça sature ça larsen ça bat bat bat dans tous les sens. Pourtant le public reste stoïque. Des statuts. Hey les gars faut se réveiller là ! Hop hop hop la semaine est finie c’est le week-end alleeeeeez on se sort les doigts du cul, là, et plus vite que ça !

Le temps de décapsuler ma bière et je suis à toi sweety – viens rapproche toi qu’on se fasse un pogo survolté. Chocs frontaux jambes pliées PRENDS GAAAARDE !!! Coups d’épaule et dommages collatéraux « Fais gaffe ! » fait Candy. « Ouais sweetheart t’inquiète j’ai pas oublié je vais pas le fracturer une seconde fois, ton bras! »

Lumières nordiques. Bleues nuit puis rouges carmin – soleil incandescent. Crépustulaire.

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Le groupe : « We’re Hell’s Horses and we are from New-York !

– Ah bah ! New-York » je chuchote à l’oreille maintes fois piercée de la Candy, « Tu m’étonnes qu’y soient dézingués comme ça ! »

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Le mec, là, qui chante et qui gueule – chemise pâle à motifs. Jean noir slim un peu poussiéreux sous les genoux. Il ressemble au Professeur Rogue dans Harry Potter.

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La bassiste – toutes de flammes vêtue. Et un corset pour tenir ses poumons qu’on dirait sorti tout droit de Beate Uhse. Je la soupçonne d’avoir la même coiffeuse-maquilleuse que Blondie.

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Mais quand elle tient les cordes – crispées – quand elles rugissent – je comprends qu’il faut éviter les remarques désobligeantes.

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Je bloque un temps sur leurs godasses. Des talons hauts pour Madame, des Creepers en damiers pour Monsieur.

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Et Blondie et Rogue seraient rien sans leur batteur qui se déchaîne là sur ses cymbales et sa grosse caisse – il ressemble à mon ami Bill. C’est frappant. Tiens du coup je l’appelle, Bill. Je veux lui faire partager ce son – parfois haché à la Led Zeppelin, parfois criant à la AC/DC – et parfois même planant-flottant, atmosphérique à la Pink Floyd. Mais soit pas de réseau ici, soit Bill le salaud me raccroche au nez – de toute façon il doit rien entendre ici – avec le tumulte ambiant…

Même pas une demie-heure qu’on est arrivés au Dynamo et déjà les dernières notes. Candy : « C’est nul y’a même pas de rappel.

– Bah généralement y’a pas de rappel pour les premières parties.

– Mais c’est pas la première partie… »

Ah merde… Les Hell’s Horses remballent leur matos on se console en rejoignant les statues qui bougent enfin pour s’accouder sur le zinc.

« Tiens, goûte moi ça ! » Candy sweety m’invite à boire un verre.

« C’est quoi ? » je demande – sans méfiance : ce soir je serais même capable de boire la cigüe.

« Du Salmiakki – une spécialité d’ici. »

Une sorte de liqueur de réglisse trop bizarre et écœurante. « Kippis ! » – Hop – cul sec – une grimace de dégoût, un petit cri de victoire – et on repart danser on continue notre folle épopée dans la longue nuit Turku-oise.

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Une réflexion au sujet de « Un vendredi soir au Dynamo »

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