Berlin Berlin – Partie 2

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Et 30 minutes plus tard, Camille est parée pour l’aventure. On marche un peu dans Moabit. Le quartier me dit quelque chose… mais quoi… ?

Moabit

Moabit

Surtout cette rue là-bas… Putain ! C’est la rue où habitait Julius ! Cette nuit, j’ai dormi à deux rues d’écart de l’endroit où j’avais passé ma toute première nuit Berlinoise !

Je comprends désormais la raison pour laquelle l’agencement de l’appart’ de Jens me rappelait quelque chose : Julius vivait – vit toujours ? – dans un appart’ semblable…

Berlin Berlin – facétieuse Berlin.

Tu caches bien ton jeu, tu me donnes des frissons et tu joues des tours à ma mémoire – car le problème dans tout ça, tu sais, Berlin Berlin, c’est que j’aimerais bien revoir mon ancien corres, j’aimerais bien savoir ce qu’il devient, ou même s’il habite encore ici, mais je suis incapable de me souvenir du numéro de l’immeuble de Julius – et bien sûr, pour ne rien arranger à l’affaire, dans sa rue, et dans ma mémoire après 13 années, tous les immeubles se ressemblent.

Berlin Berlin – actes manqués qui déchirent mes entrailles.

Ces regrets de ne pas avoir pu me mesurer au passé me collent un air maussade, heureusement Camille me fait changer d’horizon. On empreinte le métro, on descend à Kleistpark par hasard et on finit par arriver au cimetière de Sankt Mathäus – vas savoir ce qu’on fout là… – où les frères Grimm sont enterrés.

"T'es allé voir quoi à Berlin? - Les tombes des frères Grimm..."

« T’es allé voir quoi à Berlin?
– Les tombes des frères Grimm… »

Beau patchwork de couleurs – une palette allant du vert foncé des feuilles au gris-noir du macadam humide – et des raies de soleil qui frappent le sol dans les allées quasi-désertes.

Mais tout va vite, très vite – et peu après, nous voilà dans un Lidl où on fait escale pour faire nos provisions.

Camille : « Les Allemands sont capables de dépenser des millions pour des voitures mais niveau bouffe ils achètent de la merde. » – et les saucisses impérissables enturbannées dans du cellophane qui s’étalent entre les melons et les yaourts lui donnent raison.

La journée est déjà bien avancée – il est 14h – et on doit en profiter à fond, parce que demain on lève déjà le camp direction Poznań

On va à l’ancien aéroport de Tempelhof – créé par les nazis et rendu ensuite célèbre par le pont aérien lors du blocus soviétique de 1948-49. Maintenant c’est un grand parc – les gens ont pris possession du terrain mais on sent que la ville est en train de récupérer tout ça, de le réorganiser pour pas perdre la main dessus.

Tempelhof

Tempelhof

Tempelhof

Tempelhof

Berlin Berlin je soupire – j’ai l’impression que tu es encore cool pour quelques années mais ça a déjà atteint son Hauptpunkt (1) et son déclin est déjà amorcé niveau fuck it up et dynamisme. Tes squatts – enfin ceux qui ont pas fermé – ne sont plus que des vieilles reliques et ta contre-culture bouillonnante qu’on trouvait à chaque coin de rue il y a 12 ans est plus qu’un souvenir – pas si lointain, OK, mais un souvenir quand même.

Les boîtes de nuit alternatives – Jens me l’a dit ce matin – la GEMA, cette pute, elle a augmenté les taxes que ces discothèques peuvent plus se permettre de payer – du coup elles ferment une après l’autre et les clubbers se cassent à Tel Aviv.

Kreuzberg

Kreuzberg

À Kreuzberg on se mange un kebab-dürüm fait maison on a de la farine plein les doigts.  Et ensuite c’est reparti – on marche, on marche, on arrête pas de marcher entre usines bizarres et quartier boboïsé. On se fait tirer nos portraits en noir et blanc dans un photomaton de hipsters.

Photoausgabe in 5 Minuten

Photoausgabe in 5 Minuten

Plus tard, quand on aura fini tout notre périple, je me dis que ces portraits de nous, ils seront aussi cultes que celui de Marty Mc Fly et du Doc dans Retour Vers le Futur III.

On passe sur un pont de la Spree – L’Oberbaumbrücke – où des scènes du film Lola rennt ont été tournées.

U-Bahn und Oberbaumbrücke

U-Bahn und Oberbaumbrücke

Lola Rennt!

Lola Rennt!

Et on arpente le Mur du côté de la East-Side Gallery – Mur coloré, peint, tellement vu et revu qu’il est inutile de décrire – mais désormais, les œuvres d’art sont presque toutes taguées et dégueulasses.

On culpabilise un peu que Jens soit pas avec nous. Mais il révise, ou il est au lac et il est désormais trop tard pour qu’on puisse le rejoindre. On prend le tram à Ostbahnhof, direction Alexanderplatz où on pose en panoramique devant l’horloge universelle Urania et autour de la Fernsehturm.

Du haut de la Fernsehturm, j’ai la preuve que tout a changé. Les grues – celles dont le nombre il y a 12 ans symbolisait la vitalité de la ville – sont beaucoup plus clairsemées.

Berlin, Berlin…

Où est ta frénésie ?

Elle est partie

À Tel-Aviv ou ailleurs ?

On marche vers le Rotes Rathaus, puis vers la Gedächtniskirche.

Usé, hein, sale rouge à lèvres de catin qui a perdu ses attraits flamboyants !

On prend le métro jusqu’à Rosa Luxemburg Platz. Prenzlauer Berg est très bourgeois – on se perd dans un cour d’anciennes usines reconverties en bar et boîtes. On boit quelques bières – de la Hefe Weissen et je ne me souviens plus si on prend un Jägermeister – Bah quoi ? Faut bien me consoler, Berlin – cette fois ci, tu m’as pas transcendé ! J’irai la trouver ailleurs, la leçon de vie que j’attendais ! Sur des routes craquelées ou entre les jambes charnues ou félines d’une belle de nuit – peu importe, Berlin, je peux partir ou te tromper – ton charme est rompu.

Fini de diverger, le métro Berlinois nous dépose à Turmstraße – sans rancune et au plaisir ! – de là on rentre chez Jens et ses colocs, et le sommeil me happe – Berlin, à quoi bon rester éveillé des nuits entières si tu proposes rien ?

Quand je me réveille, pareil qu’hier, Jens est en train de se préparer le petit déj. Plus précisément, il découpe en lamelle des kiwis et des bananes et se les verse dans un bol qui remplit avec du fromage blanc et du Müsli.

Son iPod est branché sur les enceintes.

Dans deux heures Camille et moi on lève le camp.

Dans deux heures on se casse, Berlin. Mais écoute, Berlin, écoute : dans les enceintes de la cuisine de chez Jens la chanson qui passe c’est la même qu’hier et c’est celle-là :

Jeunesse disparate.

Je pensais que tu allais me déflorer une deuxième fois, Berlin, comme tu l’avais fait dans ma jeunesse.

Jeunesse disparate, ouais.

Mais pour me déflorer une seconde fois, faudra que je parte faire mon éducation

ailleurs.

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(1) paroxysme

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